CHAPITRE 17

 

Le soir suivant, à l’heure où le soleil se couche, je me rends à l’endroit où le bébé a été conçu. Au sommet de cette falaise, en plein désert, les immenses yuccas se dressent fièrement comme autant de gardes prêts à me filer un éventuel coup de main. Ce sont bien les seuls : à en croire ma fille et Suzama, même ma force et ma ruse ne me seront d’aucune aide. J’ai apporté la dague que James m’a plantée dans le dos. C’est la seule arme dont je dispose. La foi est plus dure que le roc.

James ne va pas se contenter de tuer le bébé. Le sang divin a autant d’importance pour un démon que pour un saint, mais les deux en ont un usage différent. Je sais que James est obligé d’amener l’enfant ici. Ce n’est pas par hasard qu’il a installé le Suzama Center à Palm Springs, qui se situe justement à proximité. Sans compter que ma chère Suzama l’a indiqué dans son manuscrit.

Puis le lieu saint sera menacé par des étoiles rouges, et seuls les innocents verront la lumière bleue du paradis.

C’est moi, l’innocente ? À vrai dire, je ne me sens pas très innocente, en ce moment. Kalika m’a dit que j’étais aveuglée par mes propres pensées, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’elle a laissé James s’approcher tout près du bébé, alors qu’elle savait pertinemment qui il était, et à quel clan il appartenait. Bien sûr, on pourrait avancer que je l’ai empêchée de fuir, mais pendant les dernières minutes de sa mystérieuse existence terrestre, elle a été ravie de pouvoir enfin cesser de courir et de jouer un peu avec le bébé, et de laisser le destin s’accomplir. De toute évidence, James s’est servi de moi pour écarter Kalika : seul, il n’aurait jamais pu sortir vainqueur de l’affrontement. Mais Kalika s’était résignée à la défaite, peut-être avec l’intention de voir s’accomplir les antiques prophéties, qui sait ?

Les forces du mal convergeront à nouveau vers lui, mais un ange puissant le sauvera, avant de le perdre à nouveau.

Concernant Kalika, nul ne s’est fourvoyé plus que sa propre mère. Et maintenant, je fais quoi ? Tout le reste n’est que mystère. Pour une fois, je regrette que Suzama n’ait pas été un tout petit peu plus précise dans ses prophéties.

Qui suis-je, pour avoir foi en moi-même ? Le fait que Suzama ait placé foi et roc dans la même phrase ne m’a pas échappé, puisque c’est justement le contrôle qu’Ory exerçait sur l’élément terre qui lui a permis de me vaincre. D’accord, j’ai foi en l’enfant. C’est un joli petit garçon doté d’un charisme incroyable et d’un sourire charmeur. Je l’adore, c’est vrai, bien que je ne l’aie rencontré que très peu de temps. Mais que dois-je faire de toute cette foi ? Il faudrait quand même que je sache comment l’utiliser. Lentement, le soleil se couche. Et les premières étoiles apparaissent dans le ciel. La lune n’est pas encore de sortie. Levant les yeux vers les astres, je les implore de m’aider. Et voilà que je me souviens d’un détail extraordinaire.

La dernière fois que j’ai vu Suzama, elle portait une étole bleue, dans laquelle étaient tissés des fils d’or dessinant les constellations des deux hémisphères. Hier soir, Paula portait un foulard bleu, orné de fils d’or brodés. En fait, plus j’y pense, plus je suis convaincue que le foulard et l’étole sont identiques. Mais j’ai à peine le temps de me demander comment une telle coïncidence a pu se produire… Il se passe quelque chose d’étrange. Plus je visualise mentalement les constellations brodées d’or de l’étole de Suzama, plus les étoiles qui brillent au-dessus de moi redoublent d’intensité. Et le plus étrange de tout, c’est que Paula m’a déjà décrit ce phénomène.

— Un million d’étoiles brillaient dans le ciel. Elles étaient si lumineuses ! Je me serais crue dans l’espace… J’avais presque l’impression qu’on m’avait transportée sur un autre monde, au milieu des étoiles, et que j’étais en train de regarder le ciel.

Les étoiles brillent avec une telle intensité que je sens physiquement leur énergie pénétrer dans mon corps par le haut de mon crâne. Il y a une étoile en particulier, juste au-dessus de moi, dont l’éclat bleu déjà intense semble croître au fur et à mesure que je concentre sur elle toute mon attention. L’astre bleu grandit. On dirait une soucoupe volante fonçant droit sur la Terre. Un son aigu se produit alors, et l’air se met à vibrer. Les mots de Paula sont encore gravés dans ma mémoire.

— La lumière des étoiles a transpercé mes paupières, le son perçant me faisait mal aux tympans, et j’avais envie de hurler. D’ailleurs, j’ai peut-être hurlé, mais je n’éprouvais pas de douleurs physiques. Disons plutôt qu’on était en train de me transformer.

Je crois bien que je suis en train de hurler, moi aussi. J’ai ressenti la même chose quand la lune a pénétré à l’intérieur de ma tête et m’a transformée en un gentil petit fantôme emporté par le vent du désert. Mais cette vibration-là est mille fois plus intense : j’ai l’impression que les étoiles sont en train d’irradier les terminaisons nerveuses de ma colonne vertébrale, pour les transformer en autant de circuits magnétiques branchés sur le cosmos, un système de communication et de propulsion interstellaires vieux comme l’univers – et dont personne n’a jamais soupçonné l’existence. En même temps, je suis incapable de déterminer si je souffre physiquement. Pour décrire ce que je ressens, les termes qui conviendraient seraient sans doute terreur et extase… Cette expérience est en train de détruire tout ce que je croyais être moi, mais il y a un sentiment de soulagement qui se dégage de cette destruction intégrale. Au moment précis où je me dis que je vais soit exploser, soit me changer en une androïde galactique, tout s’arrête. Contrairement à Paula, je ne perds pas conscience. Et je me retrouve soudain en train de flotter au-dessus du désert. À l’intérieur d’un corps d’un beau bleu luisant.

C’est excellent. Ce corps bleu, cet état dans lequel je suis ne s’embarrasse d’aucun des fardeaux qu’on trimbale dans le monde de la matière. Franchement, je suis enchantée de flotter comme ça avec les étoiles. De là-haut, je distingue le désert, les dunes, les grands yuccas et les ombres que font trembler les rayons enivrants des étoiles de la galaxie. Les étoiles ont un rôle essentiel dans la vie des humains, et leurs influences subtiles s’exercent en permanence sur ces champs d’énergie dont l’humanité ignore jusqu’à l’existence… J’arrête, parce que je n’ai pas du tout envie de réfléchir pour l’instant.

Au bout d’un certain temps, je me rends compte qu’une boule très dense d’énergie rouge est en train d’approcher. Le simple fait de la voir me répugne, et je veux m’éloigner, pour lui laisser le passage. Cette chose rouge, c’est exactement l’inverse de ce que je suis : ce n’est ni de l’amour ni de l’extase. Je veux l’éviter à tout prix, et je sais que je n’ai qu’à le souhaiter pour accomplir aussitôt ce que je désire. Et c’est là que je me souviens de mon identité. La transformation avait provoqué chez moi une amnésie temporaire. Je me souviens aussi de la raison de ma présence dans le désert. Le bébé.

En contrebas, j’aperçois James. Il tient l’enfant dans ses bras. De James émane une sorte d’aura rouge, pareille à l’autre, mais le bébé projette autour de lui une lueur bleutée, qui le fait ressembler à une minuscule étoile bleue. Ma conscience fait l’aller-retour entre les deux. La boule d’énergie rouge se rapprochant de plus en plus, je constate qu’elle est en train de modifier sa forme : on dirait maintenant qu’elle ressemble vaguement à une soucoupe volante.

J’ai l’impression bizarre que l’envoyé d’un royaume invisible me demande de choisir : grâce à mon corps bleu, je peux essayer de monter dans ce vaisseau spatial et mettre un terme définitif aux projets des Setians, ou alors je peux continuer à flotter tranquillement et être heureuse. Si j’opte pour la première proposition, je cours au-devant du danger. Je risque de tomber dans un piège, j’en ai le pressentiment. Mon âme, prisonnière des démons ? Parce que si je monte à bord du vaisseau spatial, il faudra que je sois un démon, moi aussi.

L’univers semble me dire :

— Le choix n’appartient qu’à toi.

Je pense alors à Kalika, et à son sacrifice. Cette idée m’impose un choix. Je pénètre dans le vaisseau.

L’équipage est composé de serpents. Ils sont six, six grosses brutes avec de longues queues et d’horribles écailles, des mufles épais et des yeux vitreux, comme morts. Bien qu’ils soient tous à leur poste, chacun devant un impressionnant déploiement de manettes et d’écrans de contrôle, l’un d’eux fait clairement office de chef. C’est le plus grand des six, et il se dégage de sa personne un champ énergétique d’une puissance indéniable : on dirait un soleil rouge en pleine expansion venu des confins de la galaxie. C’est lui que je dois attaquer en premier. Quelques secondes me suffisent pour pénétrer à l’intérieur de son corps. Me voilà à présent dans son esprit. Un gouffre sans fin.

J’ai affaire à un authentique Setian, c’est-à-dire à un démon de la pire espèce. Soumis à des appétits féroces et à des passions dévorantes, il n’en est pas moins doté d’une intelligence remarquable, et d’une capacité de travail qui lui ont valu de s’élever jusqu’au rang qu’il occupe à présent. Ses supérieurs l’ont chargé d’une mission très importante : ramener l’avatar humain, dont la valeur est inestimable. S’il y parvient, il aura le droit de se joindre à ses maîtres pour dévorer avec eux l’énergie de l’enfant. Il se nomme Croka, et il se repaît habituellement d’émotions telles que la haine et la peur, qui sont pour lui une nourriture équivalente aux humains dont il se délecte également. S’il consomme l’enfant sacré, celui-ci lui communiquera sa force. Dans le monde d’où il vient, on est déjà en train de préparer la cérémonie qui clôturera les réjouissances.

Croka ne se doute pas encore que je me suis introduite dans son esprit.

Le vaisseau des Setians atterrit dans le désert, et l’équipage sort à l’air libre, et je suis le mouvement, toujours dissimulée dans l’esprit de Croka. Ce vaisseau spatial et ces créatures n’ont pas vraiment d’existence physique, je le sais : si un humain passait dans le coin, il ne verrait rien d’anormal, tout en ressentant probablement une sorte de malaise indéfinissable. Le fait d’être à l’intérieur de l’esprit de Croka représente pour moi une torture aussi cruelle que celles qu’il m’est arrivé de subir réellement. C’est presque pire que d’assister à la mort de ma propre fille. Mais je suis résolue à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que Kalika ne soit pas morte en vain.

 

James, lui, a la capacité de voir les Setians, et il s’incline devant eux, tandis que les six créatures s’assoient en demi-cercle autour de lui. Tenant l’enfant dans ses bras, James reste respectueusement debout. Forme bleue se détachant sur la lueur rouge qui crépite autour de lui, le petit John jette sur la scène des regards intrigués. Le bébé ne pleure pas, mais il est évident qu’il peut voir les étranges visiteurs. Bien qu’ils soient assis par terre, les Setians, d’allure reptilienne, sont grands, et leurs affreuses têtes dépassent largement celle de James. L’un d’eux fait signe à James de s’approcher, comme s’il avait envie de voir le bébé de plus près, de poser sur lui ses grosses pattes – ce que je trouve insupportable. La créature ne lui fera aucun mal, je le sais : la fête aura lieu plus tard, quand le vaisseau aura regagné l’infernale planète des Setians.

James présente l’enfant à chacun des Setians, qui le palpent tour à tour. Très calme, le petit John ne verse pas une seule larme, ce qui semble agacer James et les visiteurs. Il arrive enfin devant Croka, mais avant qu’il n’ait pu poser la main sur lui, je regarde l’enfant, forçant ainsi les yeux du commandant des Setians à se fixer sur lui – contre sa volonté. Et Croka comprend aussitôt que quelqu’un s’est introduit dans son esprit. Je crains le pire : Croka, comme la plupart des Setians à ce niveau de leur hiérarchie, est passé maître dans l’art de l’ensemencement, la manipulation mentale. Et je sens soudain que sa volonté se lance furieusement à l’assaut du squatter que je suis.

Il voudrait réagir, mais c’est déjà trop tard, parce que je bénéficie de la protection du regard du petit John, la kavach, et l’ensemencement perd sa puissance quand il est confronté à un saint. Comme Ory en son temps, Croka porte à la ceinture une dague finement ouvragée, et j’ordonne au bras du Setian de s’en saisir. Avant qu’il ne puisse m’en empêcher, et avant même que James n’ait compris ce qui se passe, je plante la lame dans l’œil gauche de ce dernier. Et je reprends aussitôt possession de mon corps de vampire.

Me voilà de retour dans le désert, avec James et le bébé pour seule compagnie. Le vaisseau spatial et son équipage semblent avoir disparu. James gémit de douleur, et je me rends compte que je l’ai déjà poignardé avec son propre couteau. Eh bien, me dis-je, cette fois, il ne s’attendait pas à ce que je l’attaque. Vite, avant qu’il n’ait le temps de reprendre ses esprits, je retire la lame plantée dans son œil, et je crève l’autre. Définitivement aveugle, James pousse un hurlement. Le sang qui jaillit de ses blessures répand dans l’air une puanteur caractéristique. Lâchant le bébé, il plaque ses deux mains sur ses yeux crevés. D’un bond, je récupère l’enfant avant qu’il ne touche le sol, et je le dépose doucement sur le sable.

Puis je me tourne vers James.

— Alors, Jimmy, lui dis-je d’une voix mielleuse, où veux-tu que je mette le poison ? C’est un produit tout nouveau, tu verras. Spécialement conçu pour tuer les lézards gluants dans ton genre.

Il tente de me fracasser la tête avec son poing droit, mais il me rate, évidemment. Profitant éhontément de sa cécité, je le poignarde dans le dos, à la hauteur du cœur – là où il avait blessé ma fille. Hurlant de douleur, il tombe à genoux. Frénétiquement, il tente de retirer la lame, mais je sais que le poison mortel dont elle est enduite agit très vite. James est condamné.

— Sita, tu ne sais pas ce que ma mort représente pour cette partie de la galaxie. Tu ne dois pas interférer avec les Setians.

J’éclate de rire.

— Tu veux parler de tes petits copains, les lézards ? Ils sont encore ici, c’est sûr, mais comme ils ne disposent pas d’un corps humain comme le mien, ils sont obligés d’avoir recours à des intermédiaires minables comme toi, qui n’es même plus capable de lacer tes chaussures tout seul… Quelle déchéance !

Le visage de James n’est plus qu’une masse sanguinolente. On dirait qu’il pleure à chaudes larmes.

— Tu ne peux pas faire ça, gémit-il. Depuis des siècles, nous préparons cet échange…

Pour le faire taire, je lui balance un grand coup de pied dans le bas-ventre.

— Ah oui ? Qui a décidé qu’il en serait ainsi ? Pas Suzama, en tout cas, ni moi. Je regrette que cet endroit ne soit pas infesté de mouches, et que je ne puisse pas me payer le luxe de prolonger ton agonie. Mais tu m’excuseras : j’ai plein de choses à faire, et il faut que j’y aille, mon grand.

L’empoignant par les cheveux, je le force à renverser la tête en arrière, exposant sa gorge.

— Je crois que je vais me régaler.

— Attends ! s’écrie-t-il. Je n’ai pas achevé ma mission ! Ils ne me permettront pas de me transférer dans un nouveau corps !

Je retire brutalement la dague plantée dans son dos.

— James… Je dois te dire que j’en m’en fiche éperdument.

— Non, arrête ! hurle-t-il désespérément. Je ne veux pas mourir !

La vengeance, même tardive, a un goût de miel tout à fait divin. Bon, d’accord, Dieu n’approuverait pas une telle affirmation, mais je suis prête à en discuter avec lui.

— Si tu ne veux pas mourir, fallait pas naître dans ce monde, mon grand.

D’un geste précis, je lui tranche la gorge, et un flot de sang noir jaillit de sa carotide béante. Un sifflement retentit soudain dans le désert, et une bourrasque de vent vient jouer dans mes cheveux. Un éclair d’un rouge aveuglant éclipse un instant les étoiles. Les Setians sont repartis, pressés de rentrer chez eux.

Je lâche James, et son corps inanimé tombe lourdement sur le sable. Je prends une profonde inspiration, et j’éclate de rire. Le bébé serré contre moi, je pars en direction de la route toute proche. Le petit John gazouille joyeusement.

Je crois qu’il m’aime bien. Comme il est mignon !

 

Fin du Tome 5

La soif du mal
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